Gorée,trente jours après…

J’ai appris à te connaître dans des bouquins comme ‘’moi angelica esclave ” de Scott O’dell où ‘’il fut une fois Gorée” de l’illustre Joseph Ndiaye et bien d’autres,même en venant à ta rencontre,trainait dans mon sac à dos ”La Rue Cases-Nègres” de Joseph Zobel que je relisais pour énième fois…

J’ai toujours espéré te retrouver, de faire un avec toi… Et puis un matin, il y a 30 jours de cela avec des compagnons, j’ai foulé la berge… Je t’ai vue,magnifique,avec tes couleurs féeriques, tes maisons de bougainvillées brodées, tes artisans surdoués…

Oh Comme tu fleures si bon la Méditerranée…

Malgré tout, j’ai essayé de sourire comme tes habitants si aimables, désolée si j’échouai lamentablement, mais l’air fut bien trop lourd pour moi… Ta grande sérénité, ton calme que déchire la mer ne pourra effacer l’horreur, les cris, les pleurs d’hommes et femmes abandonnant là leur dignité… Du haut de mon mètre 69, je ne pus me tenir droite dans la ‘’cage ” des récalcitrants…

Geôles macabres d’hommes fiers… Enchainés, à moitié nus, marqués du fer rouge par l’être venu gracieusement ” apporter la ”bonne” civilisation…

Tes enfants sont devenus des ‘’choses ” vulgaires, anonymes, sans famille ni nom propre.
Combien des tiens y ont laissé leurs âmes qui hantent sûrement tes couloirs si chatoyants ?

Quels mots pour décrire le recueillement de cette famille afro-américaine assise à même le sol,là où sont passés des milliers enfants arrachés à leurs familles attendant douloureusement le grand et saint voilier du malheur ?

Comme tous ces millions de gens qui un jour sont passés te voir, j’ai aussi passé ta porte du non-retour,pas en laissant derrière moi mon nom et mon continent, mais pour me tenir devant cet océan sinistre témoin de tant de siècles de barbarie… Et aussi de ceux qui ont préféré rejoindre les ancêtres en passant par-dessus bord que de partir là-bas…. Trainer tout un semblant de vie le lourd fardeau du déshonneur…

J’envie ceux qui sont venus te voir et qui ont trouvé les mots justes pour décrire ce qu’ils ont ressenti…

Et puis j’ai dû partir, épuisée… émotionnellement…

Et dans cette nuit glacée de Dakar, j’ai espéré la visite de Morphée qui elle a préféré me bouder jusqu’aux aurores…

J’ai toujours voulu te voir, je t’ai vu… Et je n’en suis pas sortie indemne…

Un jour nouveau et une histoire plus reluisante s’offrent à tes fils s’ils le VEULENT, car tu le sais plus que moi que nous sommes de la race de ceux qui ont subit toutes les pires atrocités du monde et qui malgré tout osent relever la tête…

Comme les esclaves affranchis en 1848 après l’abolition de l’esclavage, je t’appellerai aussi désormais, très affectueusement… ’’Gorée la joyeuse’’…

”Si les Africains ne racontent pas l’Afrique,elle disparaitra…”
Ousmane SEMBENE

16 thoughts on “Gorée,trente jours après…

  1. Gorée m’a toujours attiré. Je souhaite la visiter un jour.
    J’ai adoré les photos. Merci pour ce témoignage (trop court…).
    Je ne doute pas que le temps passé là-bas a été fort en émotions, recueillement et connection avec nos ancêtres.
    Merci Michelle. A bientôt.
    Ayélé.

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