Notre-Dame du Nil de Scholastique MUKASONGA

Auteure de 6 livres qui ont reçu de nombreux prix, j’ai découvert Scholastique MUKASONGA par hasard, au détour d’un saut rapide dans une librairie.
La quatrième de couverture de ‘’Notre-Dame du Nil’’ a vite fait de me convaincre sur ce à quoi pourrait ressembler le contenu…
Scholastique MUKASONGA fait aujourd’hui partie des grandes écrivaines africaines qui comptent, et sur la liste des livres africains dont l’adaptation était prévue au cinéma en 2020, figure ‘’Notre-Dame du Nil’’ de la Rwandaise.

Rwanda, années 70, vingt ans avant le génocide. Le prestigieux institut catholique “Notre-Dame du Nil” est fièrement perché sur une colline, symbole du Rwanda. Il accueille des jeunes filles pour la majorité issue du gratin de la population hutue.

Filles de ministres, de gradés de l’armée ou de puissants banquiers ont leur vie toute tracée, le diplôme n’est qu’une étape pour mieux confirmer leur appartenance à l’intelligentsia de Kigali.
Elles sont sous la supervision de religieuses belges et sont éduquées pour être les futures élites du pays. Pour les parents des pensionnaires, il est également question de préserver la virginité de ces filles destinées à de futurs mariages glorieux et surtout juteux dans les hautes sphères de la société rwandaise.
Les professeurs belges et français leur inculquent des valeurs démocratiques et religieuses.
À ‘’Notre-dame du Nil’’ ou tout semble parfait et harmonieux sont néanmoins jettés quotidiennement les prémices d’une future terreur…
Dans tous les recoins du pays comme à ‘’Notre-dame du nil’’ grondent des antagonismes profonds, qui changeront à jamais le destin de ces jeunes filles. 
10 pourcent seulement des élèves sont Tutsis en raison de la montée de la haine et de la discrimination. C’est le quota que le gouvernement a bien voulu leur céder.
Les élèves hutus traitent avec dédain, sans gêne et sans remords leur camarades tutsis qui elles préfèrent rester à l’écart ou se cacher carrément pour ne pas subir les humiliations quotidiennes ou se faire traiter d’’inyensi’’ (cafards, nom donné par leurs camarades hutues) 
Ces insultes dénotent une vraie haine et une envie d’en découdre.
Gloriosa, la plus téméraire, qui rêve déjà d’une carrière politique, détient les rênes de la distillation de haine au sein de l’internat. Elle s’évertue à chaque occasion de rappeler à Virginia et à Veronica les seules Tutsis de sa classe qu’elles ne sont que des cafards dont pourrait bien se passer ‘’Notre-Dame du Nil ‘’, et même le Rwanda tout entier. Tout est planifié sous les ordres de Gloriosa afin de rendre invivable le quotidien des quelques élèves du lycée …
La terreur est de mise. La tension, vive et palpable…
À quelques encablures du lycée, vit un Français un peu fou : monsieur de Fontenailles. Un illuminé passionné des tutsis qui d’après lui, viendraient d’Egypte. Il jette sont dévolu sur Veronica qui pour lui est…l’incarnation d’ Isis.
L’on mesure à chaque page la tension qui s’accroît, on se demande quand la violence finira par éclater…
Elle finit effectivement par éclater un matin. Virginia est sauvée in extremis par son amie immaculée, moitié hutue
et Tutsis, Veronica quant à elle est retrouvée morte chez monsieur de Fontenailles qui lui-même est pendu…
Ce livre nous fait comprendre que le génocide de 1994 n’est pas né d’une génération spontanée, mais d’un feu qui couvait depuis plusieurs années…
Il évoque également la complicité des institutions catholiques qui laissaient croître les discriminations à l’image du père Herménégild qui encourageait Gloriosa à semer la terreur contre les tutsis.
Je suis tombée sous le charme de cette écriture simple et directe qui traite de tous les signes avant-coureurs de la catastrophe de 1994…
Scholastique Mukasonga a créé la surprise en obtenant le prix Renaudot alors qu’elle n’apparaissait pas sur la liste initiale de ce prix, elle rafle également le prix Ahmadou KOUROUMA avec ”Notre-dame du Nil”.
Je suis très tentée de lire toute la bibliographie de cette écrivaine elle-même rescapée du génocide et ayant perdu 34 membres de sa famille ; cette dame forte, dont la plume respire des émotions autant variées que profondes…