“Contours du jour qui vient” de Léonora Miano

 Mboasu, un pays imaginaire d’Afrique équatorial essaye malgré tout de renaître de ses cendres après une horrible et sanglante guerre civile. Dans les rues précaires et mal famés de sombé la capitale, erre comme un fantôme une gamine de 9 ans aux regards hagards.. . Son nom est Musango.Elle recherche sans répit sa mère qui est pourtant à l’origine de sa descente aux enfers,de son transfert d’une famille aisée à la rue. Elle passe en un rien de temps d’un statut d’enfant unique surprotégée et choyée à être en proie à la mendicité dans des rues insalubres oú la misère de l’après-guerre règne en maître absolu…Musango se débrouille ça et là, se contente de repas maigres et dort à la belle étoile.Plusieurs mois en arrière quand le père de Musango passe la vie à trépas, sa mère,une parfaite   névrosée l’accuse d’être à la base et tous ses malheurs et  d’être possédée par le mal. Elle ne la supporte plus et va prendre conseils et réconfort auprès de Sessé la voyante du quartier qui va la pousser à exercer sur l’enfant toutes sortes de violence, de tortures et d’humiliation. La mère tente, par tous les moyens inhumains et barbares la meilleure façon d’extirper du corps de Musango … Le diable !”Contours du jour qui vient” est un témoignage d’enfant, un monologue intérieur d’une gamine en quête de réponse sur les agissements antérieurs de sa génitrice et se ressasse sans fin les moments douloureux de sa descente aux enfers..“Le jour où tu m’avais pendue à cet arbre, tu n’avais pas encore le courage de m’ôter la vie. Tu m’avais seulement battue jusqu’à ce que je perde connaissance. Tu m’avais ensuite détachée pour laver mes plaies en pleurant, et mise au lit en murmurant que maintenant tout se passerait bien. Le démon qui m’obligeait à me repaître de vies humaines m’avait quittée…” En réalité, Musango ne souffre d’aucun problème  spirituel, mais d’une anomalie du sang détectée par la médecine moderne. Après une tentative de “délivrance ratée”, elle est définitivement jetée à la rue par sa mère. Ainsi commence la misère de Musango dans les rues d’un Mboasu frappé par la folie à tous les niveaux. Elle découvre la vie qu’elle n’aurait jamais imaginée derrière les murs nantis de la villa de son défunt père…. Après avoir longtemps erré dans la rue,Musango atterri dans un centre pour enfants en difficulté. Elle est après enlevée et séquestrée dans une maison à la campagne où elle servira de domestique.Dans sa nouvelle demeure, il se passe des choses pas très nettes. La gamine est chargée de prendre soin d’un groupe de femmes qui tente d’aller “faire l’Europe”C’est un véritable réseau de prostitution et étroitement lié à une église douteuse spécialisée dans l’escroquerie de gens crédules en quête désespéré d’un mieux-être illusoire.… C’est dans cette atmosphère toute faite pour abriter des bandits de grands chemins que se retrouve une Musango qui découvre réellement les autres facettes sombres de la vie…Roman engagé,ayant reçu le Goncourt des lycéens 2006,Leonora Miano met en lumière dans “Contours du jour qui vient”, le malheureux sort des enfants dit  « sorciers » en Afrique. Elle dénonce la gangrène de la corruption et l’hypocrisie des institutions religieuses.Elle fustige assez souvent la colonisation et ses conséquences sur un continent visiblement résilient, mais qui au fond, peine à sortir de son traumatisme…Elle fustige assez souvent la colonisation et ses revers sur un continent visiblement résilient, mais qui au fond, peine à sortir de son traumatismeS’ils ont jadis creusé des routes, c’est pour accéder à chaque millimètre de terrain  il y avait quelque choses à tirer. S’ils ont soigné nos maux, c’était parce que nous devions être forts pour travailler. S’ils ont bâti des écoles, c’était pour apprendre à ne plus nous aimer, et à oublier le nom de nos ancêtres. Ils ne voulaient pas seulement notre sang et notre sueur, ils leur fallait notre âme.L’épopée de la jeune  Musango est une sorte d’allégorie du destin de l’Afrique en quête de reconstruction, de renaissance et de résilience. Comment renaître de ses cendres, sortir des ténèbres pour dessiner sous de bons auspices un nouveau jour qui vient…Je suis à mon troisième roman de Leonora Miano et à chaque fois, j’aime chez elle  sa façon de raconter du griot qui fait appel à la communauté afin de donner vie à son récit.Teinté de révolte et de colère, “contour du jour qui vient” est un beau roman profond et très réaliste.Il est écrit sans concession aucune et marqué d’un style débordant de souffle et de poésie…

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