LE CARNAVAL IVOIRO-ANTILLAIS DE BLOCKAUSS

« Les liens entre nous, descendants d’esclaves embarqués de force par les négriers, et nos ancêtres africains ne doivent pas disparaître. Pour les renouer, j’ai mis sur pied le Carnaval ivoiro-antillais », raconte Georges Ravoteur, initiateur et promoteur du carnaval ivoiro-antillais
Depuis 8 ans maintenant se tient dans le district d’Abidjan le carnaval Ivoiro-antillais qui est pont culturel et touristique entre la Côte d’Ivoire et les Antilles.


Pour l’Édition 2020, le carnaval s’est tenu pendant deux jours dans le village de blockauss à Cocody.
Le premier jour, c’est une forte délégation de 90 Antillais qui a débarqué accueillie dans la pure tradition Atchan.
Le village du carnaval situé pour l’occasion en bordure de lagune a été le lieu d’activités diverses comme des découvertes touristiques en bateau, des concours de tenues traditionnelle ou des courses de pirogues.
Le lendemain, c’est une procession carnavalesque qui est partie de l’hôtel communale de Cocody jusqu’à blockauss.
Sous des airs de Fatchué ou fête de génération la procession a été un savant mix de démonstrations culturelles ivoiriennes et antillaises agrémentées de chants, danses et roulements de grands tambours créoles…


Au village du carnaval, les populations ont eu droit au spectacle de la troupe ”mulato” et ses danseuses de carnaval, le ’N’goron’’ de Boundiali, le masque Goli du centre et une démonstration de danse guerrière de la génération au pouvoir à blockauss


C’est jusque tard dans la nuit, à l’unisson qu’ivoiriens et antillais ont le temps d’un carnaval resserré les liens fraternels et culturels sur la terre de leurs ancêtres communs…

Notre-Dame du Nil de Scholastique MUKASONGA

Auteure de 6 livres qui ont reçu de nombreux prix, j’ai découvert Scholastique MUKASONGA par hasard, au détour d’un saut rapide dans une librairie.
La quatrième de couverture de ‘’Notre-Dame du Nil’’ a vite fait de me convaincre sur ce à quoi pourrait ressembler le contenu…
Scholastique MUKASONGA fait aujourd’hui partie des grandes écrivaines africaines qui comptent, et sur la liste des livres africains dont l’adaptation était prévue au cinéma en 2020, figure ‘’Notre-Dame du Nil’’ de la Rwandaise.

Rwanda, années 70, vingt ans avant le génocide. Le prestigieux institut catholique “Notre-Dame du Nil” est fièrement perché sur une colline, symbole du Rwanda. Il accueille des jeunes filles pour la majorité issue du gratin de la population hutue.

Filles de ministres, de gradés de l’armée ou de puissants banquiers ont leur vie toute tracée, le diplôme n’est qu’une étape pour mieux confirmer leur appartenance à l’intelligentsia de Kigali.
Elles sont sous la supervision de religieuses belges et sont éduquées pour être les futures élites du pays. Pour les parents des pensionnaires, il est également question de préserver la virginité de ces filles destinées à de futurs mariages glorieux et surtout juteux dans les hautes sphères de la société rwandaise.
Les professeurs belges et français leur inculquent des valeurs démocratiques et religieuses.
À ‘’Notre-dame du Nil’’ ou tout semble parfait et harmonieux sont néanmoins jettés quotidiennement les prémices d’une future terreur…
Dans tous les recoins du pays comme à ‘’Notre-dame du nil’’ grondent des antagonismes profonds, qui changeront à jamais le destin de ces jeunes filles. 
10 pourcent seulement des élèves sont Tutsis en raison de la montée de la haine et de la discrimination. C’est le quota que le gouvernement a bien voulu leur céder.
Les élèves hutus traitent avec dédain, sans gêne et sans remords leur camarades tutsis qui elles préfèrent rester à l’écart ou se cacher carrément pour ne pas subir les humiliations quotidiennes ou se faire traiter d’’inyensi’’ (cafards, nom donné par leurs camarades hutues) 
Ces insultes dénotent une vraie haine et une envie d’en découdre.
Gloriosa, la plus téméraire, qui rêve déjà d’une carrière politique, détient les rênes de la distillation de haine au sein de l’internat. Elle s’évertue à chaque occasion de rappeler à Virginia et à Veronica les seules Tutsis de sa classe qu’elles ne sont que des cafards dont pourrait bien se passer ‘’Notre-Dame du Nil ‘’, et même le Rwanda tout entier. Tout est planifié sous les ordres de Gloriosa afin de rendre invivable le quotidien des quelques élèves du lycée …
La terreur est de mise. La tension, vive et palpable…
À quelques encablures du lycée, vit un Français un peu fou : monsieur de Fontenailles. Un illuminé passionné des tutsis qui d’après lui, viendraient d’Egypte. Il jette sont dévolu sur Veronica qui pour lui est…l’incarnation d’ Isis.
L’on mesure à chaque page la tension qui s’accroît, on se demande quand la violence finira par éclater…
Elle finit effectivement par éclater un matin. Virginia est sauvée in extremis par son amie immaculée, moitié hutue
et Tutsis, Veronica quant à elle est retrouvée morte chez monsieur de Fontenailles qui lui-même est pendu…
Ce livre nous fait comprendre que le génocide de 1994 n’est pas né d’une génération spontanée, mais d’un feu qui couvait depuis plusieurs années…
Il évoque également la complicité des institutions catholiques qui laissaient croître les discriminations à l’image du père Herménégild qui encourageait Gloriosa à semer la terreur contre les tutsis.
Je suis tombée sous le charme de cette écriture simple et directe qui traite de tous les signes avant-coureurs de la catastrophe de 1994…
Scholastique Mukasonga a créé la surprise en obtenant le prix Renaudot alors qu’elle n’apparaissait pas sur la liste initiale de ce prix, elle rafle également le prix Ahmadou KOUROUMA avec ”Notre-dame du Nil”.
Je suis très tentée de lire toute la bibliographie de cette écrivaine elle-même rescapée du génocide et ayant perdu 34 membres de sa famille ; cette dame forte, dont la plume respire des émotions autant variées que profondes…

Randonnée au cimetière des avions.

Route de Dabou 2 km avant le pont de Jacqueville, à Songon-Dagbé se trouve ”Ivoire Académie”, c’est un centre de formation Sport-études qui met à disposition des pensionnaires la formation et les infrastructures nécessaires à la réussite d’une carrière professionnelle. Leur mission est de former des sportifs à travers un programme sport-études. Sur ce vaste espace d’une trentaine d’hectare se trouve un endroit assez atypique : le cimetière des avions.

J’ai entendu parler du lieu il y’a seulement quelques semaines. Des amis et moi attendions le retour du guide des lieux que j’avais contacté via Facebook quand pour une éventuelle visite quand je tombe sur un groupe de randonneurs qui y prévoyait une randonnée-photo. Samba!! 💃💃

Au départ de Yopougon, on débarque sur les lieux après environ 30 min, les élèves footballeurs se livrent déjà à une partie de foot sur un terrain gazonné impeccable sur lequel on pourrait aisément se faire une partie de golf.

Le propriétaire des lieux est un amoureux du recyclage, les gradins des deux terrains de foot sont faits de sièges d’avions récupérés des débris que compte le cimetière des avions que nous venons visiter.

Nous commençons par visiter la villa ‘’shangrila’’ qui est la maison d’hôte des lieux. Un avion juste à côté nous annonce déjà les couleurs.

Le chemin d’entrée qui mène à la villa est mordu d’un magnifique parterre de nénuphar qui nous a valu une petite escale.😍

Pour ceux qui voudraient partir en groupe et passer la nuit sur site, la villa pourrait accueillir 15 personnes, elle comprend en son sein une magnifique piscine et toutes les commodités.



Après la visite de la villa Commence donc la randonnée, la météo est de notre de notre côté et même s’il faisait super chaud le chemin du cimetière borde la lagune et la brise qui provient de la lagune atténuait la chaleur. L’endroit est vraiment splendide et la lagune d’une clarté et d’une propreté comme on en voit rarement,on peut même ramasser facilement des coquillages sur la berge. On a tous regretté de n’être pas venu avec le nécessaire pour une partie de baignade 🏊avec en bonus une belle vue garantie.😊🌅

Nous marchons sur une route non bitumée jusqu’au site.Un cimetière d’avions désigne une zone de stockage pour les aéronefs qui sont mis au rebut après leurs années de service ou directement faute de budget ou à cause de la présence d’une technologie obsolète. Des rangées composées d’anciens avions de toutes sortes, rouillés et quelques fois en pièces détachées, sur un site désert, voilà à quoi ressemblent les cimetières d’avions contemporains.

Le plus grand des avions du site est carrément au bout du chemin, on a pu y entrer, les enfants qui participaient à la randonnée ont pu jouer aux pilotes et aux stewards, on a fini par s’y mettre tous! 😅.

On apprend que le proprio des lieux prévoit plus tard transformer ces avions en restaurants. Après des kilomètres de randonnée, on ne s’est pas fait prier pour une sieste en pleine nature.

J’ai énormément aimé les contrastes entre la rigidité des avions et l’exubérance exotique de la végétation, un espace naturel où il fait bon de se balader nous a fait voyager à travers différents écosystèmes …

J’oubliais j’ai eu le 3 eme prix photo de la randonnée catégorie smartphone avec cette photo.

Pour les amateurs de sites originaux, courrez-y, c’est vraiment le pied !!

Carter Godwin WOODSON,le père du Black History Month

J’aime l’histoire de Carter Godwin Woodson. Je dirais même que je suis attachée à son histoire.

Le genre d’histoire que vous aimez lire quand vous vous demandez si vous êtes vraiment capables d’accomplir certaines choses qui vous paraissent impossibles ou inaccessible s.

C’est grâce au parcours extraordinaire et exceptionnel d’un descendant d’esclave qu’est célébré depuis plusieurs années maintenant le ” Black History Month”.
Carter Godwin WOODSON naît le 19 décembre 1875, c’est-à-dire exactement 10 ans et 1 jour après l’abolition de l’esclavage aux Etats-Unis.

 L’esclavage aboli en 1865, les anciens esclavagistes qui ont traité comme des biens meubles et des bêtes d’autres êtres humains pendant 400 ans sont dédommagés par l’état pour la main d’œuvre gratuite qu’ils perdent. Les esclaves eux, sont laissés pour compte, sans domicile, sans argent ni bien. Beaucoup sont obligés, pour survivre, de continuer à travailler pour les anciens esclavagistes moyennant un gît ou un minable salaire. Parfois même il est question de travailler juste pour trouver de quoi se mettre sous la dent au quotidien.

A une époque ou la ségrégation raciale fait rage ,tout est fait pour maintenir les noirs dans la pauvreté et la servitude,le jeune Carter est évidemment promis à un destin des plus durs.

 Issu d’une fratrie de 7 enfants, il commence à travailler très tôt, des fois comme cultivateur ou d’autres fois dans des mines afin d’avoir de quoi rapporter pour nourrir sa famille extrêmement pauvre…

Autodidacte, le jeune Carter apprend seul à lire, à écrire et à compter. Il réalise qu’il devra se retrousser les manches s’il espère un autre destin que celui d’un éternel travailleur forcené côtoyant quotidiennement la misère. Il s’inscrit sans avoir fait l’école primaire à 20 ans en 6 eme avec pour camarades de classe des enfants de 9 ou 10 ans. Mais Carter Godwin Woodson est doté d’une intelligence particulière, c’est un surdoué. Il fait son parcours jusqu’en terminal en seulement 4 ans et obtint avec brio le baccalauréat.

Carter ne s’arrête pas là et décide de faire des études universitaires. Dans un pays miné par la ségrégation raciale, son intelligence prend le pas sur certaines considérations et il est même accepté à la prestigieuse Université d’Havard. Après des études brillantes, il obtient un doctorat, ce qui fait de lui la deuxième personne noire à obtenir un doctorat à Havard après Williams DU BOIS.

Après son doctorat, il commence à travailler dans le gouvernement américain et est envoyé aux Philippines. C’est là que Carter va découvrir la véritable mission de sa vie…

Basé dans ce pays, il va voyager dans tous les états des environs, se frottant à d’autres peuples, à d’autres réalités et va faire son constat : les peuples asiatiques sont très attachés, ancrés dans leur culture et pratiquaient leur propre spiritualité. Contrairement aux afro descendants des USA, ils cherchaient à savoir qui étaient leurs ancêtres, les célébraient et les prenaient en exemple dans des situations données…

Il commence donc à s’intéresser à l’histoire des noirs et découvre tellement de faits glorieux et fascinants sur les personnages noirs brillants tels que les résistants de l’esclavage, des inventeurs ou des héros de guerre. Une histoire toute autre que ce que la conscience populaire se fait des noirs au point qu’il décide une fois rentré aux états unis de faire des études en histoire et obtient même un doctorat en histoire.

Il initie donc ce qu’il va appeler ‘’la semaine de l’histoire des noirs’’ en 1926. Il parcours des communautés, des écoles, des universités pendant cette semaine pour propager ses découvertes et faire découvrir aux afro-américains leur histoire, la vraie histoire de leurs ancêtres…

Auparavant célébré pendant une semaine, la ‘’semaine de l’histoire des noirs’’ vu son succès s’est étendue sur un mois. Tout le mois de février est dédié à la célébration. Il faut aussi noter que Carter a choisi le mois de février parce que c’est le mois de naissance de Frédérick DOUGLASS,  grand militant abolitionniste noir pendant l’esclavage. Je vous recommande son autobiographie qui est un grand classique de la littérature Américaine et mondiale.

L’école qu’a fréquentée Carter à partir de la sixième portait également le nom de Frédérick DOUGLASS. Le choix du mois de février, est pour carter un hommage sous toutes les formes à celui qui est un modèle pour lui.

Carter a également écrit une douzaine de livres dont le plus populaire est “the mis-education of the negro”, une réflexion sur le démantèlement psychologique de la population noire par les occidentaux. Il a créé une maison d’édition pour les écrivains afro-descendants, et même un journal pour les noirs. Il décède en 1950, mais son héritage années après années prend de plus en plus d’ampleur.

Il est aujourd’hui considéré comme le père de l’afrocentrisme qui est de porter un regard africain sur tout ce qui nous entoure au-delà des idées reçues des esclavagistes et des colons. Connaître sa culture et la maîtriser avant celles des autres, comme le font tous les autres peuples du monde…

Cette année en Côte-d’Ivoire il y a plusieurs manifestations organisées par des particuliers ou des associations durant tout le mois de février. A la bibliothèque d’anono, nous ferons la célébration le 22 février prochain avec les enfants du village.

Happy ”Black History Month !! 🖤❤️💚

Mike et Debbie,l’amour-résilience

Imaginez que vous avez 40 ans en 2018, vous avez passé toute votre vie sans avoir eu ne serait-ce qu’une seule occasion de voir un jour vos parents tous deux dans une même Pièce, vous ne les avez vu se parler, se regarder ou se toucher, bien qu’ils soient vivants.
Ils n’étaient pas là quand vous aviez perdu vos premières dents, décroché votre premier diplôme, ils n’étaient pas à votre mariage et ne connaissent même pas vos enfants…
C’est ce qu’a vécu pendant les 40 premières années de sa vie Mike Junior Africa qui pour voir ses parents Mike et Debbie devaient se rendre malgré lui… Dans une prison.
Mike et Debbie Africa, c’est l’histoire d’un amour impressionnant qui débute entre deux adolescents.
J’étais en classe de seconde quand j’entendis parler pour la première fois grâce a notre prof d’histoire de l’organisation ”MOVE”
Nous sommes au début des années 70 dans une Amérique ou les afro descendants ne sont Américains que sur des bouts de papiers. La Ségrégation dans le fond n’a pas totalement pris fin. La communauté noire est constamment sujette au racisme,à l’injustice, à la violence sous toutes ses formes…
Mike et Debbie, ayant tous deux les mêmes idéaux, décident d’un commun accord de rejoindre l’organisation ‘’MOVE’’. 
‘’MOVE’’ à été fondée par un Afro Américain John en 1972, l’organisation avait pour but de lutter contre la discrimination raciale. elle luttait contre le capitalisme, la surconsommation et prônait un retour aux sources. Ses membres vivaient dans un même bâtiment et portaient tous des dreads locks, cette coiffure était pour eux un symbole d’authenticité, un moyen de montrer avec leurs cheveux crépus qu’ils étaient fiers de leurs origines Africaines. Ils avaient même décidé de ne plus porter les noms de familles légués par les maîtres esclavagistes pour tous porter le Nom ‘’AFRICA.’’
Au bout de quelques années, l’influence et la popularité de ”MOVE” commencèrent à faire peur aux autorités de Philadelphie qui décident de faire voler en éclats l’organisation.

move


La Police débarque un jour dans le quartier ou logent les membres de l’organisation. Les portes sont défoncées, des gens sont gazés au lacrymogène, des bulldozers détruisent des maisons et des meurtres d’adultes et d’enfants sont perpétrés dans une barbarie extrêmement effroyable.
Dans toute cette folie meurtrière, un policier blanc, James Ramps est atteint d’une balle et est tué sur le coup.
À la suite, une enquête est menée et quand bien même qu’aucune arme à feu n’est retrouvée sur les lieux les autorités judiciaires de Philadelphie décident de faire porter le chapeau aux neuf membres influents de ‘’MOVE’’.(comment font 9 personnes pour tirer sur une même gâchette ?)
Sont donc arrêtés Merle, Eddie,Phil,Janet,Delbert,Chuck,Janine,Mike et Debbie Africa. Les sentences tombent ! Elles sont très lourdes : de 30 ans à la perpétuité ! 

les 9 membres du MOVE9


Le 8 août 1978, les neufs membres sont placés dans des prisons. Mike et Debbie, arrachés à l’affection de leur fille ainée sont mis dans deux prisons différentes. Debbie est enceinte au moment des faits et elle accouche toute seule dans la précarité et la clandestinité quelques semaines plus tard dans sa petite cellule de prison. Elle accoucha sans équipements médicaux et décide de cacher la naissance de l’enfant afin de l’avoir auprès d’elle… Ses amies codétenues toussaient ou chantaient fort quand le bébé se mettait à pleurer pour tromper la vigilance des gardes…
Malgré tous ses efforts, on le lui enlève quelques jours après.
Le couple Mike et Debbie, pour entretenir leur histoire malgré la distance et l’épreuve de la prison communiquaient même si c’était rarement en écrivant sur de petits bouts de papiers que leurs proches cachaient et leur rapportaient pendant les visites.
L’organisation ‘’MOOV’’ n’a pour autant pas arrêté ses activités et sa lutte pour les droits des noirs après l’arrestation des 9 membres influents. Les autorités décident donc une bonne fois pour toutes d’exterminer ses membres.
13 mai 1985, la police de Philadelphie se tient devant les bâtiments qui abritent les membres de ”MOVE” et tire à balles réelles sur eux. Ils décident donc de rester cloîtrés dans les maisons. C’est ainsi que l’autorisation est donnée par le maire de… Lâcher une bombe sur les bâtiments !
Des vies de femmes, hommes, enfants et sont réduites à néants en quelques minutes !
Deux personnes seulement sont sorties vivantes de ce bombardement, Ramona Africa qui sauve un enfant de 13 ans, Birdie Africa, projeté dehors par sa mère pendant qu’elle brûlait…
Sur les neufs, les membres de MOVE emprisonnes le 8 aout 1978: 
Merle est mort en prison en mars 1998.
Phil Africa, également, meurt en prison en janvier 2015 .…
25 mai, 2019 Janine et sa sœur Janet sont sortis de prison après 41 ans, Janet a perdu son fils unique dans le bombardement du 13 mai 1985.
Eddie est libéré après 41 ans derrière les barreaux le 21 juin 2019.
Le 18 janvier 2020 delbert sort de prison après 42 ans
Le 22 juin 2018 je regarde en direct via un site afro-américain la sortie de prison de Debbie après 40 ans de réclusion, j’avoue que j’en ai eu des frissons…
‘’Je ne peux pas croire que cela se produise. Je vais commencer à le serrer dans mes bras au supermarché et les gens nous donneront des regards étranges’’ exulte Debbie en parlant de son fils Mike Junior

Chuck Africa est le seul a être encore derrière les barreaux.
Mike sort 4 mois après Debbie en octobre 2018. Le couple se retrouve après 40 ans de séparation les médias sont là, c’est beaucoup d’émotion pour eux ainsi que pour leurs familles. Ils n’arrêtent pas de se regarder, se toucher et de pleurer. Leur fils les accueille dans sa maison et le couple ne se quitte plus une seconde, on les voit partout… Ensemble.


Le 6 Avril 2019, un couple de soixantenaires, 63 ans et 62 ans se dit oui en Pennsylvanie devant leurs deux enfants et leurs neuf petits-enfants. Ce sont Mike et Debbie AFRICA. 
« À ma sortie de prison, une des choses qui figurait sur ma liste était d’épouser Debbie. La prison m’a obligé à attendre 40 ans de plus que je ne le souhaitais. Donc, dès que je suis rentré chez moi, j’ai commencé à en parler à mon fils. Il a immédiatement commencé à téléphoner et à planifier le mariage. Je suis ensuite allé dans l’autre pièce et j’ai dit à Debbie : « Je veux t’épouser. Veux-tu m’épouser ?’ Et avec rire, elle a dit oui bien sûr. Mon fils Michael Jr a ensuite planifié et organisé le mariage.>> Raconte Mike


Une cagnotte a été lancée afin de leur permettre de reprendre une vie normale après une réclusion abusive de 40 ans qui aurait pu les clouer au sol a leur sortie. Je les suis grâce au compte Instagram de leur fils et je reste en admiration à chaque fois devant autant de positivité, cette magie qu’ils ont de communiquer des ondes d’espoir comme quand ils rient tous deux aux éclats pendant que leur fils essaye de leur apprendre comment utiliser un téléphone Android ou comment faire un selfie. Qu’est-ce qu’ils sont forts mentalement ! Pour eux même, leurs enfants et leurs neufs petits enfants, ils ont décidé malgré tout de faire preuve de résilience et de se redonner une nouvelle chance de resourire… À la vie !

Mike,Debbie et leur fils Mike Junior.

Des livres,des rencontres et des émotions…

Toutes les personnes que nous rencontrons ont une note particulière à apporter à la musicalité de notre vie. Au-delà de réaliser un rêve d’enfant, ”Actions Bibliothèques” a suscité mes plus belles rencontres de ces 18 derniers mois…

L’an passé pendant la collecte de livres pour les enfants de la pouponnière de Bouaké, j’ai été énormément surprise de ce déferlement d’engagement, d’altruisme de gens dont je ne soupçonnais même pas l’existence et qui sont par la suite devenus des proches qui soutiennent l’association. 

J’avoue que pour un début, je craignis que les choses se passent autrement.J’ai récolté des livres, mais j’ai aussi récolté de belles âmes dont les couleurs rejaillissent quotidiennement dans ma vie. Chaque jour est pour moi une ode de reconnaissance à l’univers qui a permis l’existence de ces personnes…

Depuis plusieurs semaines avec les ”Associations Majuscules, sommes sur le projet d’un espace de lecture au village d’Anono et nous avons lancé un appel pour collecter des bouquins .

Les premiers bouquins pour ce nouveau projet ont été offerts par une amie avec qui j’ai fait le collège, nous ne nous étions pas revues depuis toutes ces années (merci Facebook). Nous avons petit à petit collecté ce qu’il faut pour que cette bibliothèque soit une réalité. 

Il y a de cela quelques jours, j’ai fait une rencontre bien particulière…
Une dame m’avait contactée quelques semaines après le lancement de la collecte afin d’offrir des livres, il fut dans un premier temps convenu que son fils allait me les apporter.

Deux jours après, elle me demande de venir a son domicile car elle aimerait bien discuter avec moi vu qu’elle pense installer une bibliothèque dans son village…

Nous nous rencontrons donc le lendemain et je découvre agréablement une femme passionnée d’éducation, elle est enseignante d’histoire et de géographie, on peut lire cette passion dans ses yeux qui scintillent quand elle parle de son métier, elle me confie même qu’elle appréhende la retraite.

Le courant passe assez bien et vite,nous parlions de livres, de nos projets, de tant d’autres choses…

Malgré le grand écart d’âge entre nous, j’ai l’impression de me voir un peu en elle, tout en espérant que je sois toujours aussi passionnée des choses que j’aime quand j’atteindrai ce nombre de printemps…

Après avoir discuté et partagé ensemble un repas, nous sommes sur le point de nous quitter quand elle me dit : 

-Tu as le même prénom et le même nom que mon enseignant qui m’a fait aimer les livres et aussi l’enseignement, il était très passionné et avait juste 22 ans quand il a commencé à enseigner, au début on l’appelait ”petit professeur”, mais de petit professeur, on est passé à ”grand professeur” fit elle entre deux rires.

Je lui demande alors si le monsieur en question enseignait les sciences naturelles et si c’était à Odienné (ville au nord-ouest de la Cote -d’ivoire) au début des années 80.

Elle acquiesça en fronçant légèrement les sourcils…

-je pense que vous avez sa fille en face de vous.

Contre toute attente, la bonne dame dans un élan de tendresse me prit dans ses bras dans une forte et longue étreinte qui me laisse encore des frissons…

Notre discussion dura encore près d’une heure…

Je n’ai pas vraiment connu mon père comme enseignant puisqu’il avait arrêté l’enseignement quand j’étais en classe de CP2 pour d’autres fonctions toujours dans l’éducation, mais il ne se passa un jour sans qu’il nous raconte des anecdotes liées à cette période sa vie qu’il chérissait particulièrement et qui des tréfonds de sa mémoire, éveillait tant d’émotions chez lui…

Des anecdotes sur l’époque ”petit professeur-grand professeur”,nous les connaissions donc par cœur…
Quand on lui demandait pourquoi il avait arrêté l’enseignement et il répondait toujours : ” quand je suis entré en CP1, je savais que j’allais être enseignant. J’ai heureusement réalisé mon rêve jeune et en 15 ans, j’ai accompli à ma façon de belles choses pour mon pays, mais il me fallait courir après d’autres rêves, la vie est courte vous savez ”.

Au cours de cette rencontre empreinte d’émotion, il y eut des confidences, des rires et aussi des larmes en évoquant la mémoire  de celui-là qui sans doute nous réunissait et dont l’esprit avait rejoint les ancêtres il y a un peu plus de 10 ans…

Et puis, il a fallu malgré tout se séparer, en se promettant de nous revoir bientôt…
Je suis rentrée en cette fin d’après-midi pas seulement avec des bouquins pour les enfants d’Anono, mais le souvenir d’une rencontre exceptionnelle qui je pense n’a vraiment hasardeux.
Dans le véhicule qui me ramenait chez moi, je ne pus m’empêcher de penser à cette citation de l’écrivain japonais Haruki Murakami :

Même les rencontres de hasards sont dues à des liens noués dans des vies antérieures… Tout est déterminé par le karma. Même pour des choses insignifiantes, le hasard n’existe pas…”

J’ai célébré la Kwanzaa

Du 26 décembre 2019 au 1er janvier 2020 des millions d’afro-descendants fêtaient la Kwanzaa à travers le monde.

Kwanzaa fut pensée en 1966, un an après les émeutes raciales de watts , par l’historien et militant Maulana karenga, qui a été un militant du mouvement ”Black Power”.
« Matunda ya kwanza » en swahili signifie « les premiers fruits ».
Kwanzaa s’inspire des fêtes agricoles africaines qui ont lieu après les récoltes, ce moment privilégié ou on profite tous ensemble pour se réunir, resserrer les liens et faire des bilans au sein de la communauté.
Elle est célébrée du 26 décembre au 1er janvier.
C’est une initiative culturelle et non religieuse qui met en lumière des questions d’identité.
Fête de célébration de l’héritage culturel et des racines africaines de la communauté afro-américaine, la Kwanzaa qui Auparavant était célébrée uniquement aux Etats-Unis s’est répandue dans toutes les contrées du monde ou vivent des afro descendants.

Pendant Kwanzaa, un bougeoir spécial appelé ”kinara” est utilisé. 
Une kinara contient sept bougies, trois rouges à gauche, trois vertes à droite avec une bougie noire au centre,ces bougies sont allumées chaque soir durant les sept jours que comptent la célébration.

AP_091208138502-1068x891 (1)
Les 7 sept bougies représentent les principes qui définissent la célébration : 
Umoja: Unité – Unité de la famille, de la communauté, de la nation et de la race
Kujichagulia: Autodétermination – Être responsable de sa propre conduite et de son comportement.
Ujima: Travail collectif et responsabilité – Travailler pour s’entraider et dans la communauté.
Ujamaa: Économie coopérative – Travailler pour bâtir des entreprises
NiaBut – Se souvenir et restaurer les cultures, les coutumes et l’histoire africaines et afro-américaines.
Kuumba: Créativité – Utiliser la création et votre imagination pour améliorer les communautés.
Imani: Foi – Croire aux gens, aux familles, aux dirigeants, aux enseignants et à la justice de la lutte afro-américaine.

Aujourd’hui, c’est à juste si l’Afrique ne reste pas en marge de cette célébration qui s’inscrit comme une occasion de se réunir, poser des actions afin de participer à la réappropriation notre patrimoine culturel et réfléchir sur le futur de nos communautés. En Côte d’Ivoire depuis quelques années, on célèbre Kwanzaa grâce à l’association Afrocentricity Côte-d’Ivoire


Cette année, j’ai été vivre cette célébration à N’Djem, village juste à la descente du pont de Jacqueville (Côte-d’Ivoire).
Avec des amis, on arrive sur les lieux aux environs de 10 h, la place où se tient la kwanzaa 2019 va servir à la construction d’un temple de la renaissance Africaine.

img_20191228_140431_6-014121869605078614865.jpeg

Quand vous arrivez quelque part et que c’est des livres qui vous accueillent vous pouvez être sûr d’être au bon endroit. 😄

J’en profite pour acheter ”antériorité des civilisations nègres  de Cheick Anta DIOP que je recherche depuis un moment.

img_20191228_104109_0-013034431669937543659.jpeg
Dans les minutes qui suivent, il y a un peu plus d’affluence,(essentiellement des jeunes).

fb_img_1577608596980-026034931963026985248.jpegl’endroit fleur si bon une odeur de bangui (bio svp), les bidons arrivent, on s’en délecte (vive la kwanzaa!!)😂

img_20191228_105519_1-016782784223006815530.jpeg

Il faut dire que l’attraction principale de cette célébration de kwanzaa à été puisée dans le patrimoine culturel Ivoirien : le masque ”GOLI”. C’était l’occasion de voir de très près ce masque et sa danse éponyme.

img_20191228_112904_5-015157578030681654933.jpeg
Masque GOLI

Le « Goli » est un masque danseur sacré du peuple Baoulé qui a pour dépositaire le groupe ethnique Godès avec pour capitale, Béoumi.
Le masque présente des cornes d’antilope et un visage de crocodile sur lequel on peut voir un éléphant, marque de force et de sagesse. Son Costume en cape de peau d’antilope et des fibres de feuilles de palmier fraîchement coupées. C’est une danse récente, que les Baoulés ont empruntée début 1900 à leurs voisins les Wan.
À notre arrivée, le masque était isolé dans les broussailles… En méditation et à l’abri des regards. Peu de temps après il fait sa sortie sous les acclamations du public, cris et danses l’accompagnent avec un groupe d’hommes qui assure pour les chants. La musique se fait avec le « Toa », de grosses calebasses serties de perles, que seuls les Wan et Godès utilisent, accompagnés d’une corne appelée «  »

img_20191228_113123_2-014934316124545505721.jpeg

Je remarque pendant que le masque danse qu’il y a un autre masque similaire dans les broussailles. J ’apprends que les masques apparaissent par paire, masculin/féminin.

img_20191228_113238_5-012930832417170477672.jpeg
Masques GOLI Masculin/Féminin

Mais la danse est uniquement exécutée par les hommes qui doivent au préalable être initiés.
Après un bon moment de démonstration du Goli, les participants ont été invités (pour ceux qui le voulaient) à faire un tour la rivière sacrée qui était jadis très fréquentée par les habitants du village, mais qui aujourd’hui reste presqu’à l’abandon avec l’adoption des religions révélées.  Ils y allaient à l’orée de chaque nouvelle année faire leurs vœux afin d’attirer sur eux tous les esprits positifs. Chose à laquelle n’ont pas dérogé les adeptes des religions endogènes  présentes à la célébration.

img_20191228_132251_3-027775227616332571526.jpeg

Kwanza définissant, ‘‘premiers fruits’’ des membres ont ramené des produits de leurs champs qu’ils ont tenus à partager avec la communauté.

La culture Camerounaise, particulièrement Bassa était représentée, j’ai pu voir de grandes et magnifiques queues de chevaux aux manches perlées avec lesquelles on exécute des danses et qui font partie des tenues d’apparats lors des grandes cérémonies.

img_20191228_134243_8-018024855259048950013.jpeg

C’est autour d’un repas copieux composés essentiellement des mets de chez nous avec des discussions autour de la revalorisation de la culture africaine que prit la fin de cette célébration où j’ai énormément appris.

Kwanzaa devrait être une fête un peu plus éclatée et médiatisée, je trouve qu’elle pourrait fortement participer à renouer les liens entre les jeunes africains et leur culture.
Ce fut un pur moment de découvertes et de fraternité que j’ai énormément apprécié au point où je fais déjà des œillades à KWANZAA 2020.

Merci et bravo à Afrocentricity Côte-d’Ivoire pour la promotion de cette célébration.

‘’matunda yakwanza’’

Joseph Laroche: la mémoire réhabilitée

Cela faisait bien longtemps qu’un livre ne m’avait pas arraché quelques larmes.Je suis passée par tellement d’émotions avec ce livre!

Le personnage principal est si attachant qu’on un traîne pendant un bon moment la mélancolie d’une fin tellement triste et injuste…

À voir le titre, on pourrait penser à un énième livre sur le Titanic avec l’histoire qu’on connaît tous, mais que nenni.

Passionnée d’histoire et de culture des peuples d’Afrique Noire et de la diaspora, j’avais déjà entendu parler de Joseph Lemercier Laroche, ces dernières années, on parle de plus en plus de lui dans la communauté et quelques articles parlant brièvement de lui se trouvent sur Internet, malheureusement sans plus…

Serges BILE à travers ce magnifique roman historique redonne des couleurs à l’histoire totalement méconnue, occultée de Joseph Laroche dont la multitude de livres, films et autres parlant du Titanic n’évoquent jamais…

‘’Le seul passager noir du Titanic’’ met en lumière sa vie, celle de sa famille et de Haïti, son Haïti chéri….

Ce livre est une vraie bibliothèque et un cours d’histoire très explicite sur le peuple haïtien et la ville du Cap haïtien, quand on connaît la place de ce pays dans l’histoire des peuples noirs.

Joseph naît en 1886 et grandit dans une famille bourgeoise au Cap Haïti jusqu’à l’âge de 15 ans.

Il part en France poursuivre ses études d’ingénieur à Beauvais et à Lille, étant un élève sérieux, ses notes étaient bonnes, Joseph avait clairement un avenir très prometteur.
Quelques années plus tard, Il épouse une française avec qui il a deux enfants, louise et Simone Laroche.

Victime de racisme, Joseph pourtant très doué peine à trouver du travail et décide ainsi avec sa petite famille de rentrer au bercail, chez lui en Haïti ce pays qu’il aime par-dessus tout et dont il est nostalgique depuis plusieurs années, son Haïti ou l’attend sa mère.

‘’On peut retirer un Haïtien d’Haïti, mais on ne peut retirer Haïti d’un Haïtien’’ disait sa mère Euzelie, une riche commerçante, qui a des milliers de kilomètres au cap Haïti n’attend qu’une seule chose : revoir son fils tant aimé…

Elle lui achète des billets sur le bateau ‘’le France’’.Malheureusement, la famille Laroche apprend que sur ce bateau les enfants ne sont pas autorisés à prendre le repas avec leurs parents, pourtant Simone et Louise sont encore trop jeunes.

Joseph décide donc d’échanger leurs billets contre d’autres billets… Sur le Titanic.Le voyage était auparavant prévu pour la fin du deuxième semestre de 1912,quand Joseph apprend que sa femme est enceinte, lui qui tient à ce que son troisième enfant naisse sur la terre de ses ancêtres décide d’avancer la date pour que son vœu puisse se réaliser.

Le 10 avril 1912 débute le grand voyage vers Haïti, il se demande très enthousiaste ce que sont devenus ceux qu’il a laissé…

Les choses se passent plutôt bien jusque dans la nuit du 14 avril.

Il est 23 h 40. Le Titanic heurte un iceberg…

C’est la panique à bord, Joseph réveille sa famille, les femmes et les enfants sont ensuite secourus dans des embarcations…

L’ultime adieu de joseph a sa famille est cette dernière phrase lancée à l’endroit de sa femme Juliette

‘’A bientôt ma chérie, il y aura de la place pour tout le monde, va dans les embarcations… Veille sur nos fillettes… À bientôt !

’’Comme les autres hommes sur le bateau, Joseph reste à bord, espérant du plus profond de son être un secours, mais deux bonnes heures passent, et le paquebot commence à prendre de l’eau. L’espoir s’amenuise…

Une cheminée tombe, et l’eau monte brusquement de toutes parts…Les dernières lumières s’éteignent et le Titanic sombre, avec lui, tous les espoirs du fils d’Euzelie qui ne reverra plus jamais son pays…

À new York ou sa famille débarque ainsi qu’au cap Haïti chez les Laroche, c’est la désolation à l’annonce de la mort de Joseph.

Son corps ne fut jamais retrouvé…Le 17 décembre 1912 Joseph junior Laroche voit le jour, Juliette ne refait jamais sa vie, elle décède en 1980.

Sur sa pierre tombale, on peut toujours lire, ”Juliette Laroche, 1889-1980. Femme de Joseph Laroche disparu en mer sur le RMS Titanic, le 15 avril 1912’’…

”Le seul passager noir du Titanic est le destin étonnant d’un homme, entraîné dans les vicissitudes de son époque, et qui s’est, un jour, comme tant d’autres, « trouvé au mauvais endroit, au mauvais moment…”

Serge BILE.

Moi,Tituba Sorcière…

Capture

‘’Abena, ma mère, un marin anglais la viola sur le pont du Christ the King un jour de 16** alors qu’il faisait le voile vers La Barbade. C’est de cette agression que je suis née…”

Ainsi commence le roman que Maryse Condé a consacré à Tituba, fille d’esclave, qui fut l’une des protagonistes du tristement célèbre procès des sorcières de Salem.

C’est pour moi une relecture, ma première lecture du livre remonte à un peu plus de 10 ans. Il appartenait à mon père, et n’était jamais bien loin parce qu’il le lisait très souvent (je trouvais même qu’il exagérait particulièrement avec ce roman)😁☺

Maryse Condé tente à travers ce roman historique de réhabiliter une voix négligée, réécrire l’histoire en donnant la parole à une laissée-pour-compte, oubliée par les historiens et les historiennes peut-être parce que noire, parce qu’esclave, parce que femme…

Fille d’esclave, née sur l’ile de la Barbade, Tituba découvre très tôt l’oppression de son peuple, devient orpheline, est recueillie par Man Yaya, guérisseuse qui l’initie aux bienfaits des plantes, des potions, des onguents et des esprits…

Elle m’apprit que tout vit, tout a une âme, un souffle. Que tout doit être respecté. Que l’homme n’est pas un maître parcourant à cheval son royaume.”

Elle a quatorze ans quand la vieille guérisseuse qui fut pour elle père, mère et guide décède. Tituba dans sa solitude et son chagrin tombe amoureuse d’un autre esclave : John l’indien, pour qui elle est prête abandonner sa vie de femme libre. Rachetée par son nouveau maitre, le pasteur puritain Samuel Parris,Tituba et John l’indien débarquent à boston et ensuite à Salem ou va débuter pour elle le cauchemar d’une vie. Elle acquit rapidement une réputation de sorcière dans cette communauté très religieuse de la petite ville à cause de ses connaissances pour les pouvoirs surnaturels. L’hystérie s’immisce dans l’esprit de jeunes filles fragiles qui accusent d’autres femmes dont Tituba, de s’adonner à la sorcellerie et de pactiser avec le malin.

”je n’avais pas pas pris la pleine mesure des ravages que causait la religion de Samuel Parris ni même compris sa vraie nature avant de vivre à Salem. Imaginez une étroite communauté d’hommes et de femmes, écrasés par la présence du Malin parmi eux et cherchant à le traquer dans toutes ses manifestations. Une vache qui mourrait, un enfant qui avait des convulsions, une jeune fille qui tardait à connaître le flot menstruel et c’était matière à spéculations infinies.”

Ainsi débute le célèbre procès des sorcières de Salem. Avec d’autre femmes, Tituba est jetée en prison et ensuite amnistiée après avoir avoué être une sorcière. Elle le fait malgré elle afin d’avoir la vie sauve et échapper à la pendaison, la peine capitale pour les accusées…

Ainsi, toute sa vie, elle connaîtra les barbaries du 17ème siècle : esclavage, pendaisons, tortures, prison.

La plume réaliste, poignante de Maryse Condé vous fait entrer facilement dans la peau et l’univers de cette femmes noire à l’époque de l’esclavage.

‘’Moi tituba sorcière’’ est une belle biographie romancée, un beau portrait de femme imaginée d’après quelques rares informations disponibles sur ce personnage qui a réellement existé. Maryse Condé nous fait sentir les mots, les motivations, l’amour et l’attention aux autres qui sont derrière chacun des gestes de Tituba.
elle qui après avoir traversé tant d’épreuves, le rejet, la marginalisation, la peur, ne cesse jamais d’être attentive aux autres, à leurs souffrances…

Relire un livre vous fait parfois comprendre des choses qui vous avaient échappé surtout si vous êtes assez jeune au moment des premières lectures. Ce roman se dévore facilement, par contre il est de de ceux mais qui vous suivent une vie entière, par la force, l’honnêteté de leur propos et la justesse de leur humanité…

J’ai vécu “petit pays”

‘’pili-pili sur un croissant au beurre” le premier album solo de l’auteur-compositeur-interprète Gaël Faye sort en 2013, un album acoustique nourri d’influences aux diverses teintes comme le rap, le jazz, la soul, le hip hop métissé de Gaël Faye est bercé d’une triple culture : le Rwanda, pays d’origine de sa mère, le Burundi où il a passé ses 13 premières années, et la France, son pays d’accueil il questionne sa propre expérience de vie en abordant les thèmes de l’exil, du métissage, de la domination et du génocide…Né en 1982 d’une mère rwandaise et d’un père français, le slammeur Gaël FAYE débarque en France malgré lui en 1995 après l’éclatement de la guerre en 1995 au Burundi.Après de nombreuses mix-tapes, des concerts et des premières parties, il rencontre en 2004 un groupe de slammeurs avec qui il montera et jouera une pièce de slam pour la commémoration des 10 ans du génocide des Tutsis au Rwanda. Une collaboration qui donnera naissance au collectif de slam : Chant d’Encre.3 ans après la sortie de l’album, Gael Faye revient dans l’arène en faisant une entrée fracassante en littérature!petit pays du même titre qu’une des chansons figurant sur l’album ‘’pili-pili sur un croissant au beurre’’ est pour moi un gros coup de cœur! 😍
Il y a des livres, qu’on lit, il y en a d’autres qu’on vit, je n’ai pas lu ‘’petit pays” je l’ai vécu…
Ce livre rejoint mon écurie sélectif de livres que je n’oublie pas et que je garde précieusement dans ma bibliothèque et dans mon cœur.
‘’Petit pays’’ est une merveille ! Le roman commence par une ode joyeuse à l’enfance, à l’amitié et à l’insouciance ! Le Burundi, la pépite flamboyante,charmant petit pays d’Afrique dans lequel vit Gaby et sa sœur nés d’une mère rwandaise et d’un père français. Gaby et ses meilleurs amis à qui le Burundi laisse couler l’évanescence liée à l’enfance, à la joie de parcourir les sillons, de nager tout nu dans la rivière, de manger des mangues en novembre, de se trémousser au rythme des tams-tams…
Au début, on s’émerveille ! On rit beaucoup face à la vie colorée de ses enfants innocents qui multiplient leurs ‘’frasques’’ quelques fois amusantes. Et peu à peu, ce petit pays sombre, le nez dans le sang, l’horreur !
Le Burundi et le Rwanda, les frères maudits. Hutus et tutsis s’entretuent. La haine est de sortie...Sa mère qui part chercher sa famille pendant que le Génocide fait rage au Rwanda, revient traumatisée, vide de toute humanité, elle qui avait retrouvé sa famille quasiment… Décimée
Au Burundi, les premières élections libres arrivent avec elles le printemps du mal et bouleversent la vie heureuse degaby qui à son âge a du mal à comprendre.‘’La guerre entre les hutus et les tutsis, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ?
ca n’est pas ça, ils ont le même territoire.
alors ils n’ont pas la même langue ?
si, ils parlent même langue.
alors ils n’ont pas le même Dieu ?
si, ils ont le même Dieu.
alors pourquoi se font-ils la guerre ?
parce qu’ils n’ont pas le même nez”…Et puis vint le temps de fuir, de quitter son Burundi chéri, sans un au revoir sans un regard en arrière et se retrouver en France dans une famille d’accueil. Il va falloir se reconstruire, malgré tout…
Quand Gaby revient, 20 ans après à Bujumbura,le pays a bien changé, la guerre a emporté des êtres chers dont son père… Sa mère est toujours dans le même état de choc.
L’écriture de ce livre est tout simplement belle et la prose poétique dénuée de toute démagogie géopolitique malgré la violence des faits est excellente ! ‘’Petit pays ‘’est incontestablement une grande œuvre qui marque et se démarque.
Que de belles critiques, que de prix pour un premier roman,un engouement plus que justifié car de Gaël Faye, on ne peut qu’être fan !